Ce n’est pas ta mémoire qui te fait défaut
Salam aleykoum wa rahmatoullahi wa barakatouh.
Tu as sûrement déjà essayé d’étudier la langue arabe, une application téléchargée, quelques vidéos regardées, un cahier acheté avec de bonnes intentions, mais une fois les premières lettres apprises, les premiers cours suivis, tu as faibli.
Alors tu as cherché ailleurs, un autre institut, un autre professeur, un autre programme, mais le même scénario s’est répété.
Au bout de quelques tentatives, on finit par se raconter une histoire : je n’ai pas de mémoire, je n’ai pas le temps, je ne suis pas fait pour ça.
J’enseigne l’arabe depuis plus de dix ans. J’ai vu passer beaucoup d’élèves, et je peux te dire une chose : ceux qui réussissent ne sont pas ceux qui ont la meilleure mémoire. Ce n’est pas là que ça se joue.
On rapporte que l’imam Ash-Shafi’i — qu’Allah lui fasse miséricorde — se plaignit un jour à son maître Waki’ ibn al-Jarrah de la faiblesse de sa mémoire. Ces vers lui sont attribués :
شَكَوْتُ إِلَى وَكِيعٍ سُوءَ حِفْظِي
فَأَرْشَدَنِي إِلَى تَرْكِ الْمَعَاصِي
وَأَخْبَرَنِي بِأَنَّ الْعِلْمَ نُورٌ
وَنُورُ اللَّهِ لَا يُهْدَى لِعَاصِي
« Je me suis plaint à Waki’ de ma mauvaise mémoire. Il m’a orienté vers l’abandon des péchés. Et il m’a informé que la science est une lumière, et que la lumière d’Allah n’est pas accordée au désobéissant. »
Arrête-toi un instant sur la situation. L’homme qui se plaint n’est pas un élève ordinaire : c’est l’imam Ash-Shafi’i, qu’Allah lui fasse miséricorde. Il ne lui a pas été conseillé de réviser autrement ni de changer de professeur.
On lui parle d’autre chose.
Nous avons pris l’habitude de considérer le savoir comme une matière : quelque chose qui s’accumule, se stocke, se mesure. Dans cette logique, apprendre est une affaire de temps disponible et de capacité mentale. Si ça ne rentre pas, c’est que le contenant est trop petit.
L’Islam et la Sounnah disent autre chose. Ils disent que la science est une lumière — quelque chose qui est accordé, et non simplement acquis. Et Allah سُبْحَانَهُ وَتَعَالَى dit dans sourate Al-Baqara :
وَاتَّقُوا اللَّهَ وَيُعَلِّمُكُمُ اللَّهُ
« Et craignez Allah. Alors Allah vous enseigne. » (Al-Baqara, 282)
La crainte d’Allah vient d’abord. L’enseignement suit.
Le combat n’est donc pas celui que tu crois mener.
Ce que cela ne veut pas dire
Cela ne veut pas dire qu’il faut attendre d’être irréprochable pour commencer l’étude de la langue arabe. Si c’était le cas, personne n’apprendrait jamais. Aucun d’entre nous n’est exempt de fautes ni de manquements, et celui qui attend de l’être n’ouvrira jamais son cahier. Mais bien au contraire, l’apprentissage c’est le début de la réforme.
Cela ne veut pas dire non plus que ta difficulté dans l’apprentissage est le signe qu’il te faut arrêter. L’invocation et la continuité en sont la clé, par la permission d’Allah. Le rizk n’est pas entre tes mains (et la compréhension de cette religion en fait partie). Celui qui emprunte le chemin du demandeur de science a déjà ce statut auprès d’Allah — même s’il rencontre des difficultés en route.
Et cela ne dispense en rien, ni de l’effort ni de la méthode. La Taqwa n’apprend pas l’alphabet ni la langue arabe. Il faut s’asseoir, répéter, se tromper, recommencer. Il faut une progression construite et accompagnée d’un professeur, ainsi qu’un retour à Allah en obéissant à ses commandements et en s’éloignant de ses interdits.
Ce que dit Waki’ à son élève n’est pas change ta façon d’étudier. C’est : ton effort sera facilité si tu délaisses les péchés.
Ce que je constate depuis dix ans
Laisse-moi te parler de deux élèves. Ils ne se sont jamais rencontrés, et je pense souvent à eux ensemble.
Le premier n’était pas le plus doué de son groupe. Loin de là. Mais il était régulier dans sa pratique : constant dans ses prières, assidu à la mosquée. Et chaque jour, il lisait — parfois un seul verset. Un seul.
Il a appris à lire. Pas en trois semaines, mais il a appris, et il n’a jamais décroché. Il poursuit maintenant son apprentissage de la langue arabe, toujours à la même cadence. La petite œuvre maintenue sur la durée fait ce que les gros efforts ponctuels ne font pas. C’est vrai dans l’adoration et c’est aussi vrai dans l’apprentissage.
Le second avait tout pour réussir. Il s’est formé en plomberie, puis en serrurerie. Deux métiers, coup sur coup. Et une fois formé, il a accepté toutes les missions qui se présentaient. Toutes.
Ses cours, il a d’abord commencé à en manquer un de temps en temps, il a commencé à suivre les cours enregistrés, puis il a arrêté.
Ce qui m’a frappé, c’est que sa motivation n’avait pas faibli — il me disait encore qu’il voulait apprendre, et je le crois sincèrement. Ce qui avait changé, c’est la place que cet apprentissage occupait dans sa vie et donc dans son cœur. La dounia avait pris tout l’espace, sans qu’il s’en aperçoive.
On ne réunit pas deux choses dans un même cœur. Quand l’un rentre, l’autre sort. Ce n’est pas une question de temps disponible — on trouve toujours du temps pour ce qui compte vraiment. C’est une question d’équilibre, et l’équilibre se perd lentement, sans qu’on le remarque.
Comment on remonte
Si tu te reconnais dans le second, voici ce que je te propose comme une direction.
Repense à une période où ta foi était haute. Tu en as forcément connu une — un Ramadan, une période de ta vie, un moment où la prière était légère et le cœur présent. Fixe-toi comme objectif d’y revenir. Puis de dépasser ce niveau.
Sers-toi de l’étude pour y retourner. Ne considère pas ta foi comme un préalable à régler avant de te mettre à l’arabe. Les deux montent ensemble. L’étude de la science est elle-même une bonne action — donc elle t’élève, et en t’élevant elle te facilite l’étude.
C’est un cercle, et il tourne dans les deux sens. On rapporte que la récompense d’une bonne action, c’est la bonne action qui la suit — et que la punition d’un péché, c’est le péché qui vient après. Plus ta foi monte, plus Allah te facilite ce chemin. Plus elle descend, plus il devient pénible.
Alors lutte contre ton âme. Pas contre ta mémoire.
« Je n’y arrive pas »
Cette phrase revient beaucoup. Voici ce que je réponds : persévère.
Le cheikh Ibn ‘Uthaymin — qu’Allah lui fasse miséricorde — rapporte de son professeur ‘Abd ar-Rahmān as-Sa’di l’histoire d’al-Kisā’ī, celui qui devint l’imam des grammairiens de Koufa.
Al-Kisā’ī avait commencé à étudier la grammaire arabe, et il n’y parvenait pas.
Un jour, il vit une fourmi qui portait de la nourriture et tentait de monter sur un mur. Chaque fois qu’elle montait, elle tombait. Mais elle persévéra jusqu’à surmonter cet obstacle et parvint finalement à escalader le mur.
Al-Kisā’ī se dit alors : « Cette fourmi a persévéré jusqu’à atteindre son objectif. Je dois donc persévérer moi aussi, jusqu’à devenir un imam dans la grammaire arabe. »
Il en fut ainsi.
C’est pourquoi, ô étudiants, il nous convient de persévérer et de ne pas désespérer. Car le désespoir signifie fermer la porte du bien. Nous devons également éviter le pessimisme, mais plutôt être optimistes et avoir de bonnes pensées pour nous-mêmes.
— Ibn ‘Uthaymin, Le savoir (‘Ilm), p. 47
L’imam des grammairiens de Koufa n’y arrivait pas. Médite bien sur cela, et ne pense jamais que tu n’es pas fait pour l’apprentissage de la langue arabe.
Fixe-toi un objectif que tu ne peux pas rater
Alors fixe-toi un petit objectif. La lecture d’un verset par jour, par exemple.
Un petit objectif a deux avantages, et ils comptent plus qu’on ne le croit. Il n’est pas contraignant : tu peux le tenir un jour de fatigue, un jour de travail chargé, un jour où rien ne va. Et il est facile à dépasser — le jour où tu en lis trois, tu n’as pas seulement avancé, tu as gagné quelque chose sur toi-même.
Ensuite, accroche cet objectif à une habitude que tu as déjà. Après une prière à la mosquée. Après avoir couché les enfants. Un moment qui t’appartient, et dans lequel tu es déjà tourné vers Allah.
C’est ce qui fait tenir. Pas la volonté — elle monte et elle descend. Mais le fait que ce geste soit attaché à quelque chose de solide dans ta journée.
Mon premier élève ne s’était pas fixé une heure par jour. Il lisait un verset. Et il n’a jamais arrêté.
Et maintenant
Si tu lis ces lignes, c’est probablement que la question te travaille depuis un moment. Peut-être as-tu déjà essayé et abandonné, ou bien peut-être n’as-tu jamais osé commencer.
Dans les deux cas, le point de départ est le même : une intention, et une première lettre. Puis une autre le lendemain. Comme la fourmi.
Je te laisse avec cette parole du Prophète ﷺ :
مَنْ سَلَكَ طَرِيقًا يَلْتَمِسُ فِيهِ عِلْمًا سَهَّلَ اللَّهُ لَهُ بِهِ طَرِيقًا إِلَى الْجَنَّةِ
« Celui qui emprunte un chemin à la recherche d’une science, Allah lui facilite par cela un chemin vers le Paradis. » — Rapporté par Muslim.
Emprunte le chemin. Le reste suivra, in cha Allah.
Qu’Allah te facilite.
Bilal — El Madrassa
Reçois la Séance 1 de la méthode
Les 4 premières lettres de l'alphabet arabe, la règle des voyelles courtes, et un exercice pour t'entraîner à lire. Envoyé par email, sans engagement.
Recevoir la Séance 1